Rechercher
  • Ermelinda Ennas

Les rois de la Sape par Boris Anje

A la rencontre de Boris Anje, artiste néo-pop, réaliste contemporain, d’origine camerounaise


Palpitantes et vibrantes, les œuvres de Boris Anje Tabufor, autrement connu sous le nom de Anjel, captent le regard en une étincelle. Que l’on soit novice ou connaisseur, il paraît impossible de se détourner de ses œuvres sans se poser des questions.

Hautement inspiré par l’univers des Sapeurs Congolais, reconnus de part le monde pour leur style vestimentaire criant de luxe et toujours si coloré, il a entrepris une étude approfondie de ses sujets avant de donner vie à leurs portraits. Après avoir effectué deux résidences aux ateliers SAHM, centre d’art contemporain, créé en 2012 à Brazzaville par l’artiste plasticienne Bill Kouélany, il a entamé une réflexion sur les impacts « subis » de la société de consommation et le rapport de dépendance qui en découle.

Tout comme l’anthropologue étudie le comportement des sociétés humaines selon l’environnement dans lequel elles vivent, Anjel a suivi les rois de la Sape dans leur quotidien, souvent au cœur de bidonvilles. Prêts aux plus grands sacrifices afin de pouvoir arborer des vêtements tagués Dior, Versace, Prada, Gucci et tutti quanti, ils sont le reflet d’une société basée sur le paraître, mais également les messagers d’une extrême liberté vestimentaire. Peu importe la classe sociale ou la couleur de peau, ici le vêtement permet de s’affirmer. Et comme s’il fallait pouvoir replacer l’humain au cœur de tout, Anjel choisit de peindre ses sujets au premier plan et de relayer les logos en toile de fond.

Son art, à mi-chemin entre le néo-pop et le réalisme contemporain, est accessible et remporte un franc succès auprès d’un public éclectique. Au-delà de la qualité esthétique de son travail, il ne fait aucun doute que sa démarche artistique engage une réflexion réelle sur d’importantes thématiques. Partisan du non-étiquetage, il rêve d’un monde où le mot LOVE prendrait la première place.

Le temps d’un interview, il nous raconte sa démarche artistique et ses réflexions sur la société de consommation et des rapports de dépendance qu’elle engendre.


Pourriez-vous nous décrire votre démarche créative?


Mon travail sur la Sape a commencé quand je suis parti au Congo, où j’ai effectué deux résidences aux ateliers SAHM, centre d’art contemporain, créé par Bill Kouélany. J’ai été fasciné par l’univers des Sapeurs Congolais. J’ai eu envie de connaître leur mode de vie, je me suis intéressé à leur vision de la Sape et c’est ce dialogue intime qui m’a poussé à la créativité.

Les trois moments forts de mon travail sont basés sur:

L’identité et le paraître. Dans un premier temps je montrais mes personnages colorés. La notion de la couleur et de mouvement, l’ambiance qui tourne autour de la Sape me paraissait essentiel. Je souhaitais montrer l’identité de la personne. Après de nombreux échanges, j’ai constaté que les gens n’arrivent plus a se reconnaitre, et qu’ils ne se reconnaissent qu’à travers les marques (Gucci, Dior, Prada…)

La deuxième phase de mon travail a consisté à une étude approfondie de leur mode de vie. J’ai eu des échanges au quotidien, je me suis rendu dans leur lieu d’habitation. Et j’ai alors constaté que la majorité des Sapeurs vivent dans des bidonvilles, des quartiers pauvres. Ils font des sacrifices pour acheter des vêtements de marque. J’ai poussé ma démarche beaucoup plus loin après avoir lu un article sur l’exposition « Fashioning the Black Body » de Dario Calmese. J’ai été très intrigué et j’ai trouvé que cela faisait écho à mon travail. L’idée m’est alors venue d’utiliser les logos sur les personnes, en guise d’environnement, d’atmosphère. Je me suis également posé des questions: comment j’utilise ces marques? J’utilise ces marques, mais en réalité je cache les personnes. J’ai donc décidé de rendre les marques vulgaires et de mettre mes sujets dans une position de POUVOIR et de leur donner le moyen de s’affirmer. La marque n’est plus qu’un prétexte! Elle devient à la fois un symbole de protection sociale, mais sert également de pied de nez aux différentes campagnes racistes opérées par Gucci (leur pull au col roulé présentant une bouche rouge et surdimensionnée évoquait clairement les « blackface »), H&M (campagne avec un petit garçon à la peau noire, arborant un sweat-shirt ver, où il est écrit “The coolest monkey of the jungle”) ou encore Prada (avec sa campagne “Pradamalia”, une nouvelle famille de mystérieuses petites créatures construites de bois foncé et affublées de larges lèvres). C’est la multitude de ces phénomènes qui a poussé certaines marques à changer de vision. Aujourd’hui, Dior s’associe avec l’artiste ghanéen Amoako Boafo pour la collection été homme 2021, Valentino choisit Adut Akech pour la campagne de son parfum Born in Roma….Tout ça donne de la valeur à la peau noire. Et c’est bien.

La troisième phase de mon travail, c’est ce que je fais maintenant, notamment avec une exposition à Barcelone. A présent, le travail n’est plus uniquement centré sur la Sape (notion classique: port de la veste, cravate....), mais sur la nouvelle aire vestimentaire. Aujourd’hui, les frontières sont floutées, on ne distingue pas forcément la classe sociale au travers de l’habillement. Chacun se sent libre de porter ce qu’il veut.


Qu’avez-vous à cœur de transmettre à travers votre art?


Mon travail est ouvert. Chacun peut se reconnaître selon sa culture. Quand je me mets devant une toile, quand je donne du volume, l’ idée est avant tout de présenter mon quotidien et nos réalités diverses en tant qu’être humains. Les gens que je rencontre en vrai ou sur les réseaux, je les présente et ils auront une estime d’eux-mêmes.


Si nous devions retenir une chose de votre approche quelle serait-elle?


Mon travail peut être résumé en : néo-pop (technique de pochoir Andy Warhol) et réalisme contemporain. J’essaie de mettre en vue ceux que je vois d’une manière réaliste avec amour.


Les dernières pépites avant de se quitter…


Des expositions en vue, de nombreux articles sur la toile et dans les magazines…A suivre absolument sur Instagram.


#roisdelasape #borisanje #neopop #réalistecontemporain #peinture







35 vues
 

©2020 par Filé d'or. Créé avec Wix.com