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  • Ermelinda Ennas

Quand la matière prend vie

Mis à jour : oct. 7

A la rencontre de Polly Vogel, artiste aux multiples talents.


Au détour d’une rue, au hasard, il arrive que la vie nous offre de cultiver ce brin de magie, dont il ne faut taire aucun soupçon.

Cette fin d’après-midi là, au Café des Argiles à Vevey, se tenait le vernissage de Polly Vogel, une femme lumineuse à l’accent charmant. Touche à tout par essence, elle se plaît à façonner la matière (tissu, argile, matériaux naturels) et donne vie à de merveilleuses créatures et éléments de décor.

Son armada de petits monstres, encore visibles le temps de l’exposition jusqu’au 8 octobre, sont aussi touchants qu’expressifs. Passer du temps à les regarder plonge instantanément dans le monde des émotions: celui des peurs, celui des pleurs. Celui des rires, celui des interrogations. Ils revoient comme une lumière invisible sur nos propres parts d’ombres. Celles qui méritent d’être embrassées, celles qui nous permettent d’aborder les épreuves avec résilience. S’il était possible de les adopter par poignées, alors on le ferait. Ces petits monstres deviendraient alors nos confidents.

En plus de ses talents d’artiste, Polly Vogel, fait habilement glisser sa plume pour exprimer son travail. Alors plutôt que de retranscrire ce qu’elle explique si bien, cet article sera rédigé à quatre mains.

Le temps d’une interview, elle nous raconte son univers. Elle nous raconte, comment toute petite déjà, elle préférait jouer au grand air à Santiago du Chili avec son frère, ramassant cailloux et bouts de ficelles pour donner vie à un joyeux théâtre.

A l’écouter, on ressent vibrer son âme d’enfant. Aussi, il n’est pas étonnant d’apprendre qu’en 2000, elle créait une compagnie de marionnettes intitulée: « La poule qui tousse ». Et bien qu’elle ne soit pas une grande adepte des devants de la scène, elle confie y prendre plaisir aux côtés de sa collègue.

On l’imagine alors, si pleine de fantaisie et si touchante, partageant son temps entre la création et les planches.


Pourriez-vous nous décrire votre démarche créative?


« Le matériel me donne souvent le premier élan d'inspiration auquel j'ajoute d'autres choses qui s'associent bien visuellement (souvent des matériaux naturels). Ensuite, je complémente l'oeuvre avec les histoires que je me raconte dans ma tête. Parfois j'écris des notes, parfois je fais des croquis, et souvent je fais et c'est tout. Lorsqu'il s'agit de personnages, je pense aux mouvements et à la personnalité du caractère. Souvent, c'est d'ailleurs eux même qui me dictent comment continuer. C'est ainsi que je développe une relation quelque peu schizophrène avec mes créations. Heureusement que j'ai des bons amis pour rappeler à la réalité. »


Qu'avez-vous à cœur de transmettre avec votre art?


« La vérité c'est que je n'ai pas la prétention, du moins consciente, de transmettre un message précis. Pour moi c'est juste un instinct de survie, un mécanisme d'introspection, une façon d'exister au travers de mes créations. C'est thérapeutique, ça m'aide à me faire des réflexions sur mes préoccupations actuelles et sur ma vie en général. Si je ne crée pas je suis perdue. J'imagine toutefois que j'aime créer des monde que chacun peut interpréter à sa guise. Si les gens apprécient mon art, c'est la magie qui fait effet, mais c'est un effet secondaire. Je ne recherche pas l'approbation des autres parce que je sais que je créerais quoi qu'il en soit. »


Si nous devions retenir une chose de votre approche, quelle serait-elle?


« Je dirais que c'est qu'il faut se sentir libre de créer sans restreinte, même lorsque l'on pense ne pas être fait pour ça, même si on a pas de diplôme d'art ou si on pas de message particulier à transmettre. Je pense que tout le monde, indépendamment de ses compétences techniques, est créatif et peut apprendre à mieux se connaître en créant sans complexe et en donnant libre recours à son imagination. Créer est surtout processus et non un résultat, alors libérons-nous de la pression des Instagrams & co. et créons! »



Les dernières infos avant de se quitter…


Suivez : « La poule qui tousse » sur FB.

L’exposition de ses monstres a lieu jusqu’au 8 octobre au Café des Argiles à Vevey.

D’autres expositions et surprises à suivre…


Contact: polly.vogel.urzua@gmail.com



Texte accompagnant l'exposition du Café des Argiles, par Polly Vogel


Parcours artistique

Pendant l'enfance, mon terrain de jeux était la campagne. Au fil de mes ballades, je trouvais des bâtons, des feuilles, des cailloux, des plumes, des graines, etc...Ces éléments de la nature me parlaient et me parlent encore. Ils sont tout un monde qui raconte des histoires. La feuille et l'arbre, la roche et la montagne, la graine et le soleil. Leurs textures, leurs couleurs me donnaient envie de les combiner, de les assembler, c'était créer en jouant.

Mes études à l’ « Instituto de Arte Contemporaneo » de Santiago du Chili m'ont initiée aux arts classiques de la peinture, de la sculpture en terre, métal, plâtre, pierre, et le modelage en terre qui fut le thème de mon travail de diplôme.

Depuis plus de vingt ans, ces connaissances m'ont permis de créer les marionnettes et les décors de ma compagnie « La Poule qui Tousse ».


Mes nouvelles marionnettes

Mes marionnettes se sont multipliées, devenues une grande famille d'êtres biscornus, fantasques : des monstres ! Elles qui n'ont plus forcément de spectacles, devenues autonomes, elles nous regardent, surprises, médusées, presque apeurées. Malgré leurs grandes dents, on ressent plus d’affection que de peur, ces créatures monstrueuses pourraient devenir des amis, nous raconter des contes venus d'ailleurs.

Elles apparaissent dans mon imagination, dans la nuit et mes insomnies…Leurs matières sont venues de la terre, des fibres naturelles, des teintures organiques. Des matériaux pauvres, récupérés reprennent vie, la poupée de chiffons n'est pas loin. Ces jouets d'autre fois auxquels l'enfant s'attachait, leur parlait, les serrait. Les monstres viennent nous rappeler cet univers, fait de choses simples, qui poursuivent leur vie dans la fantaisie.

Chacun a son identité, mais ils font partie d'un groupe qui leur donne sa force, ils deviennent un autre possible que nous interpelle. Ils sont aussi prêts à vivre des aventures, cela ne tient qu’à nous de les offrir à notre imagination !



Images © Olivier Crausaz


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